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LA GARDE : DECODER ET CHOISIR...

Il faut noter, que de nos jours, il n'est pas forcément intéressant d'imposer une posture de défense (la garde) d'emblée à un débutant, en référence à une orthodoxie classique. Monter les mains n'est pas forcément la chose la plus importante à l'instant « T », lorsque l'on possède un coup d'œil et une mobilité hors normes. La vielle école est aujourd'hui confrontée à des approches plus pragmatiques qui se centrent essentiellement sur l'efficacité. En clair encore: tant que ça marche, ça ne peut pas être mauvais...
Exit donc les conseils « à la papa » comme aurait dit Brassens, et place à ce qui fonctionne in situ. L'esthétique restera peut-être parfois au vestiaire puisque désormais le but est clair, c'est de gagner : point.
A l'évidence ce but, dans l'air du temps empreint d'une détermination économique de plus en plus prégnante, s'étend dans tous les domaines du sport.

A vous de faire votre choix de garde, en fonction de vos caractéristiques physiques, de votre style de boxe, de vos goûts et de vos valeurs.

Mais gardez à l'esprit que la contradiction essentielle en boxe que l'on doit toujours tenter de résoudre est de : « toucher sans se faire toucher ! ».
Et c'est en elle que la garde prend tout son sens.
Si l'on veut boxer longtemps bien sûr...

La « garde menton » référence: Mike Tyson
Caractéristiques: en droitier, les poings sont serrés au menton, les coudes au corps, tête rentrée.

Points forts: présente le front, protège effectivement le menton, et rend plus compact le buste (tête dans les épaules)
Points faibles: découvre les tempes et ouvre le plexus. Peu de feintes possibles, seule alternative, être rapide et mobile sur les entrée latérales.

Cette garde est destinée prioritairement aux petits gabarits athlétiques qui rencontreront toujours des adversaires plus grands. Elle est très efficace car elle utilise des frappes à partir d'une poussée des jambes et d'un engagé du bassin qui réduisent la chaîne musculaire de transmission. En effet, ici le centre de gravité est très rapidement déplacé au dessus d'un appui (corps compact), et accentue la puissance des coups circulaires courts et des uppercuts menton.

Une autre approche de la posture consiste à avancer les mains d'une quinzaine de centimètres (Cf Julio Cesar Chavez, ou Ramon Dekkers). Dans ce cas, ce n'est pas directement la protection du menton que vise le boxeur, ni la compacité du bloc tête-buste-bras, mais bien une attitude compatible avec ses préférences propres (ex: uppercuts crochets courts). La flexion du buste et le gainage des bras favorisent ces techniques.

Transfert: (version menton) garde totalement inadaptée au pieds poings car elle ne permet pas une protection efficace sur un coup de pied circulaire haut (high kick), ni des coups de pieds directs hauts ( front kick); dangereuse en free fight sur les saisies en coups de genou direct ou coudes.

La « garde oblique » Référence: Georges Foreman (4242)
Caractéristiques: en droitier, le bras gauche est inversé, coude haut et main basse, le bras droit est parallèle au gauche, l'ensemble est légèrement oblique.

Points forts: le coude gauche permet de maintenir une distance en corps à corps avec la pointe du coude, et de bien protéger le foie avec le poing
gauche bas. L'avancée des bras présente une difficulté non négligeable pour l'adversaire d'accéder aux cibles du corps. De même, la position non conformiste demande des adaptations rapides de l'adversaire. Feintes possibles en jabs.

Points faibles: la tempe droite est ouverte, les côtes du côté gauche aussi. Elle présente une difficulté à frapper en coups directs du droit et en circulaires du gauche (seul le jab est possible). Tous les autres coups demandent une réorientation des bras coûteuse en temps.

La « garde oblique » est utilisée généralement par les gros défenseurs statiques (qui ne prennent effectivement pas tant de coups que cela d'ailleurs...), qui aiment l'affrontement direct, de face.
Elle permet en outre de rester le buste assez haut, et en ce sens, très peu de petits gabarits peuvent l'utiliser autrement que pour se protéger, mais sans pouvoir réellement contre attaquer.

Transfert: garde possible en pied poings, notamment en thaï (combinée à la parade tibiale sur un droitier et saisie) et full; dangereuse en free fight car elle propose le coude gauche à la saisie pour clé.

La « garde mixte » Référence: Thomas Hearns
Caractéristiques: en droitier, la main droite est haute au menton, coude au corps, et le bras gauche est bas et relâché.

Points forts: masque le départ des coups du bras gauche trop bas pour la vision fovéale (implique des réactions globales de protection pour l'autre qui voit un mouvement démarrer en vision périphérique). Explosivité des jabs qui partent d'une position de pré-étirement du deltoïde (cf la pliométrie). Feintes du buste et du bras avant possibles.

Points faibles: ouvertures du côté gauche, et posture souvent en arrière afin de compenser la non défense possible du poing gauche, et qui demande donc une mobilité du buste et une coordination fortes pour frapper justement avec la masse du buste en avançant, à partir d'appuis fixes.

La « garde mixte » est choisie par ceux qui ont des capacités élevées d'anticipation et qui privilégient le contre. Généralement les adeptes du mixte sont rapides, relâchés, explosifs et longilignes. Quelques cas de posture similaire chez les frappeurs massifs à l'approche de la fin de cadrage afin de provoquer l'autre pour conclure du droit.

Transfert: garde possible en pieds poings mais dangereuse car l'articulation du coude gauche peut être atteinte sur frappe en pieds. Se combine avec la garde oblique de près. Possible en free fight dans les recherches de saisie de jambes.

La « garde en pointe » Référence: Virgil Hill
Caractéristiques: Comme la garde mixte, la main droite protège tout le côté droit, coude assez haut, mais ici la main gauche est placée très en avant, le bras en semi-extension, (comme une antenne...).

Points forts: permet de garder l'adversaire à distance longue, de le faire reculer, et de toucher le premier car le trajet du bras avant est plus court, même si la frappe manque d'efficacité (course réduite). Elle gêne considérablement les attaque directes du bras arrière de l'adversaire, ce qui est intéressant dans une rencontre contre un pur frappeur en direct bras arrière. Feintes de bras avant largement utilisables en directs.

Points faible: ne présente pas d'avantage dès le travail à mi-distance pour le bras avant, et encore moins en corps à corps. Oblige à se cantonner dans un travail de loin, en marquant des points ou en cherchant des ouvertures en directs.

La « garde en pointe » est généralement utilisée par des combattants qui n'apprécient pas beaucoup le contact de près et le travail au corps. Ils construisent ainsi un mur infranchissable qui leur permet de rester dans les comportements qui leur conviennent le mieux, ce qui est d'ailleurs très judicieux. Une taille raisonnable est privilégiée, et là encore, les grands sont avantagés. Autre adaptation, le poing non vissé, pouce en haut permet parfois de perforer des gardes hermétiques (en amateur notamment).

Transfert: possible ponctuellement en pieds poings, mais dangereuse car le flanc du côté du bras avant est exposé. Demande de combiner un blocage tibia du côté du bras avant, ce qui limite la mobilité du combattant. On la retrouve dans le travail à mi-distance quand le combattant cherche à se créer une ouverture pour toucher durement l'autre du bras arrière (ex: boxeur adverse touché ou compté précédemment).

La garde basse: Référence: Prince Naseem Hamed
Caractéristiques: buste droit, latéral, en arrière ou penché en avant en provocation (ici), les mains sont toutes les deux basses, les bras le long du corps.

Points forts: les poings sont quasi hors du champ visuel à mi-distance et se confondent parfois avec le short. Le relâchement des épaules autorise les coups explosifs « lancés » à partir d'appuis solides. Feintes de bustes et tête possibles (provocation).

Points faibles: impose souvent une posture en retrait avec recul du centre de gravité, ce qui demande une coordination exceptionnelle et un coup d'œil hors normes pour effectuer des contres, et des contre-attaques.

La « garde basse » est attachée à un type de boxe privilégié et structuré à partir d'attaques explosives en coups directs et remontants, ainsi qu'à un système de contre à partir d'esquives de buste. La combinaison des poussées en jambes qui doivent être engagées à partir du bassin, et des « lancers » de bras à partir des chaînes musculaires jambes-deltoïdes permettent d'obtenir des effets explosifs et de grande vitesse. C'est un des rares cas d'effet de torsion en ellipse dans les coups remontants (poussée des jambes combinée à une rotation du buste pour l'uppercut afin d'être parfaitement placé sans avoir à bouger les appuis)..

Transfert: aucun transfert possible dans le pieds poings et dans le combat libre, si ce n'est dans les phases de récupération de loin.

La « garde droite »: Référence: Hacine Chérifi
Caractéristiques: les bras sont parallèles, coudes au niveau du bas du pectoral, poings au tempes. Les bras encadrent la tête et le buste.

Points forts: elle protège la tête et le buste, et permet d'anticiper rapidement sur les attaques adverses car les axes de mobilité des bras sont déjà en place : rotation à partir du coude pour bloquer les uppercuts, flexion du bras pour les crochets hauts, descente de l'épaule pour le travail au corps, et chassé léger de la main pour les directs.

Points faibles: limite quelque peu le champ de vision, et demande un temps de latence afin de re-positionner les bras pour frapper en circulaire, et en remontée (le temps de replacement peut être exploité par l'adversaire, dans les feintes notamment)..

La « garde droite » est celle que l'on adopte en débutant. C'est la réponse classique à la consigne de « monter les mains ». Elle privilégie une défense en blocage et protection en absorbant une partie des chocs. Son placement autorise aussi une moindre anticipation du boxeur puisque le système de protection est solide à priori. Aussi ceux qui ne sont pas rapides en défense ou qui ont du mal à anticiper sur les attaques peuvent largement utiliser cette posture. Certains combattants gardent l'attitude de « garde droite », mais avec les paumes tournées vers l'adversaire (en « mante religieuse », ce qui facilite les frappes directes et les parades.

Transfert: sans problème en pieds poings, avec une version mains ouvertes possible en thaï et combat libre favorisant les saisies.

La garde « fausse patte » Référence: Jérôme Lebanner
Caractéristiques: le poing droit est en avant, la jambe droite aussi.

Points forts: liés au manque d'habitude que les droitiers (majoritaires), ressentent devant un gaucher. Des qualités de vitesse révélées scientifiquement.

Points faibles: cette garde présente le foie en avant sur le bras arrière du droitier (ou la jambe avant en pieds poings). De plus, le boxeur gaucher a tendance souvent à avancer, ce qui est prévisible.

Le gaucher cherche à frapper de son bras arrière plus puissant et qui vient de loin, généralement en direct. Il va donc se placer de façon à ramener le droitier sur ce bras là, de son côté ouvert. Attention, certains boxeurs en garde de gaucher, sont en fait droitiers (Cf Lebanner). C'est le cas de ceux qui ont débuté en gardant leur bras préférentiel en avant. De fait, leurs bras avants sont très puissants sous tous les angles, et la sortie du côté fermé (à droite), n'est pas toujours la bonne solution à un cadrage du gaucher. Comme toujours il faut tester les déplacements majeurs et les trajectoires privilégiées par le combattantque l'on rencontre (ou bien avant à l'observation en tournoi, ou en vidéo, ou pendant le combat... d'où l'intérêt d'avoir dans son équipe, au moins un « cérébral » expérimenté avec soi dans le coin !).

Transfert: sans difficulté dans toutes les formes de combat, sachant que les gauchers seront vulnérables sur la jambe arrière du droitier (coups à pleine puissance dans leur côté ouvert).

Que choisir ?...
Le must serait d'utiliser toutes les formes de garde en fonction de leurs intérêts. Mais cela n'est pas réaliste, car les caractéristiques des combattants sont fondamentales dans les préférences.
En effet, il faut savoir que les combattants réfléchissent toujours en termes de pertes et de gains. En effet, si les gains lui apparaissent supérieurs, le boxeur adoptera la garde, même si le coût à régler est parfois ponctuellement plus élevé.

Il est d'ailleurs très possible que l'approche cubaine soit intéressante pugilistiquement, et même fondamentale pour un débutant. L'idée serait d'être capable de construire la capacité de boxer dans les deux gardes, puis, dans un second temps, lorsque la technique et le style s'affirment, il sera nécessaire de définir la préférence latérale, gauche ou droite. Enfin, une troisième étape, structurera la garde en fonction des points forts et des points fiables du combattant, sachant qu'il sera toujours nécessaire de tenter de gommer les défaillances et d'affiner les spécialités.

Notre travail, nous l'espérons, contribuera à dessiner les choix. Ou tout au moins à éveiller des questionnements.
Et maintenant, en garde!

Franck Martini, le 09 Juin 2004

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